click to print
VIMINACIUM ET MARGUM

Inscription nº 110, p. 130-131


110. Stèle funéraire en marbre, 157 x 75 x 20 cm (hauteur antérieure 200 cm) brisée en trois fragments et reconstituée par les soins de Weifert. Le champ épigraphique est de 56,5 X 67 cm, flanqué de deux colonnes corinthiennes.

En haut, dans un panneau rectangulaire, bas-relief représentant le rapt de Corè: Pluton, le sceptre à la main, tient Corè autour de la taille; à droite de Pluton, Athéna, le casque sur la tête, tenant le bouclier de la main gauche. Dans la partie gauche du champ, Hermès, derrière laquel on voit un attelage de deux chevaux.
Sous le pieds d'Hermès, à gauche un serpent dressé, et à droite, un panier à fleurs. La bordure séparant cette représentation du champ épigraphique est ornée d'une scène de chasse: à droite un lion, puis un cerf courant, un arbre près duquel se dresse un homme la main levée tenant un couteau et, enfin le cerf trébuchant. Au-dessous du champ épigraphique, dans un cadre rectangulaire, bas-relief du rapt d'Europe: Europe sur le dos d'un taureau. à droite et à gauche les Dioscures avec un cheval. Aujourd'hui, seule une partie des Dioscures, à droite, est conservée, ainsi que le voile d'Europe.

Découverte vers 1890 ("il y a quelques années", Brunšmid, 1895) à Kostolac, à une profondeur d'environ 1.5 m. Transportée au gymnase de Pančevo comme cadeau de Weifert. Conservée au Musée de Pančevo, exposée.

J. Brunšmid, Viestnik HAD, 1, 1895, p. 8, avec phot. pl. I (AE, 1901, nº 206); CIL, III, 12659 (Dessau, ILS, 7173). Cf. Domaszewski, Rangordnung, p. 34 et note 1, sur la datation; Cichorius, RE, IV, 1901, col. 242; A. Hekler, Jahresh., 15, 1912, p. 184, fig. 123, avec un court commentaire du bas-relief; Devijver, Prosop. mil eq., II, 1977, p. 831, nº 38. Révisé.

Lettres de 4,5 à 3,2 cm. Lettre de taille réduite: 5 T à la fin. Ligature: 5 RI (Britt). Points de séparation entre certains mots.

1 D M Brunšmid, omis dans CIL 4 dec(urio) m(unicipii) A(elii) V(iminacii) Brunšmid, Dessau; dec(urio) m(unicipii) a(gens) v(ices) praef(ecti) Mommsen, ad CIL, III, 12659  5 coh(ors) I Aq(uitanorom) vet(erana) Brunšmid, CIL; Coh(ors) I Aquet(anorum) (!) Cichorius, Devijver — cette lecture est plus probable, car il n'y a pas de point de séparation entre AQ et VET qui sépare les autres mots de l'inscription; O avec barre transversale, abréviation d'obiit (comme B avec barre transversale pour beneficiarius, cf. Wilmanns, Exempla inscr. lat., 1873, p. 158: "Mommsen tamen originem credit esse O cum hasta transversa et significare obiit ") appelée theta nigrum, signe désignant sur les listes les soldats morts, en usage depuis l'époque de Trajan jusqu'à la fin du II e siècle (cf. G. R. Watson, JRS, 42, 1952, p. 52 sqq.; J. F. Gilliam, Hommage L. Heurgon, 1960, p. 408 sqq.).

La carrière de Valerius Speratus qui, de béneficiaire de la légion VII Claudia et de décurion du municipe de Viminacium, atteignit le poste de praefectus cohortis est exceptionnelle. Aussi Mommsen a-t-il supposé que Valerius Speratus était agens vices praefecti et c'est ainsi qu'il a restitué les sigles A. V. à la 1. 4. Domaszewski, Rangordnung, p. 34, note 1, remarqua à juste raison que les lettres A. V. faisaient partie du titre du municipe, m(unicipii) A(elii) V(iminacii), comme dans beaucoup d'autres inscriptions. L'avancement extraordinaire du rang de beneficiarius à celui de praefectus cohortis est classé par Domaszewski parmi les examples de l'époque de Septime Sévère (cf. un avancement semblable vers la militia equestris dans CIL, III, 3237 de l'année 212, et CIL , VIII, 4800, du temps de Gallien; Dessau, ILS, 8847). Brunšmid situait l'inscription à l'époque d'Hadrien, en expliquant cet avancement comme une marque de faveur de l'empereur (p. 9).

Sur Valerius Speratus, cf. Mócsy, Moesia Superior, p. 162, et E. Birley, Ep. Studien, 8, 1969, p. 75 (sur les carrières équestres en Mésie Supérieure). Le même nom est porté par un optio de la légion VIII Augusta à Lambèse, CIL, VIII, 2554 (Dessau, ILS, 2445), mais il est peu probable qu'il s'agisse du même individu.

Cohors I Aquitanorum: cohorte attestée vers 70 et au IIe siècle en Germanie Supérieure. Elle pouvait se trouver temporairement en Bretagne lors de la campagne de Septime Sévère et, selon Brunšmid, pour la construction des remparts. Cf. Wagner, Dislokation, p. 86 sqq.; J. Beneš, Auxilia Romana in Moesia atque Dacia, 1978, p. 16. sq.

La représenatation du rapt de Corè est assez rare sur les monuments funéraires, cf. Roscher, Lex., s.v. Kore, col. 1376 sqq.; J.M.C. Toynbee, Greek Myth in Roman Stone, Latomus, 26, 1977, p. 401. Elle symbolise la violence de la mort qui ravit ses victimes (cf. Cumont, Le symbolisme funéraire, p. 95). La même idée est exprimée par le rapt d'Europe, dont la représenatation est également rare (Toynbee, p. 360; cf. le monument de Šenpeter, J. Klemenc, Vjesnik HAD, 5, 1971, p. 17, fig. 2). L'idée de la renaissance symbolisée par le mythe de Corè; set soulignée par la représentation des Dioscures comme symbole des deux hémisphères célestes, et de la succession constante du jour et de la nuit, de la mort et de la renaissance (Cumont, p. 80).